L'EST EN TRANSITION - FRONTIÈRES EN MOUVEMENT
31 mars - 23 mai 2009
En 2009 seront célébrés les 20 ans de la chute du mur de Berlin qui a entraîné avec lui le démantèlement du rideau de fer. Durant ces 20 ans, la construction européenne aura connu des bouleversements considérables, passant de 12 à 27 membres, questionnant le statut de ses propres frontières. Parmi celles-ci, une ligne en plein coeur de l'Union serpente près de 3000 km et sépare les nouveaux des anciens pays de l'Union européenne. Depuis le 21 décembre 2007, les contrôles aux postes frontières ont cessé et une partie des infrastructures a d'ores et déjà été démantelée. L'exposition L'Est en transition raconte cette frontière en mouvement. Elle offre des outils afin d’appréhender les différents aspects et les enjeux de l'espace frontalier et de questionner le devenir et la valeur de cette architecture et de ce paysage aujourd'hui en pleine mutation. Depuis juin 2006, cette « ligne territoire » de la mer Baltique à la mer Adriatique est arpentée par deux jeunes architectes afin d’en rapporter un grand nombre de témoignages. Les éléments, présentés sous différents supports, accompagneront le visiteur dans l'exploration de ces espaces, du visible à l'invisible, du palpable à l'impalpable.
Sans doute trop jeunes pour saisir l’ampleur de cet événement majeur de la fin du XXe siècle, nous avons assisté, il y a déjà 20 ans, à la chute du mur de Berlin. Avec lui, la disparition du monde bipolaire que nos parents avaient vu se radicaliser. S’ils sont de la génération du mur, nous sommes de la génération du vide qu’il a laissé derrière lui, de ces ruines fortement symboliques qui animent encore et toujours nos esprits, de ces architectures manifestes de l’état du monde. Parmi ces frontières qui ont un temps menacé de revenir en Belgique, qui se fortifient au Mexique, qui peinent à se négocier au Proche-Orient, la frontière de Schengen s'est elle déplacée le 21 décembre 2007 vers l’est de l’Union Européenne.


La frontière constitue - pour des architectes particulièrement – un sujet d’étude fascinant : ligne de repère géographique, elle désigne l’extrémité d’une nation ; en deux dimensions, elle possède une longueur que l’on peut mesurer mais n’a pas d’épaisseur. Ligne abstraite, la frontière désigne pourtant dans le langage courant un lieu. Cultivant ce paradoxe entre espace et concept, entre matériel et immatériel, la frontière constitue un système complexe. Tantôt moteur, tantôt obstacle, créatrice ou destructrice, ligne de démarcation ou point de contact, la frontière produit un territoire spécifique.


La frontière influe par son statut et par son tracé le découpage du territoire en y instrumentalisant de la discontinuité. Au fil du temps, des formes spécifiques se sont développées s’accommodant tant bien que mal de leur position « au bout du monde » jusqu’à l’ouverture des frontières (villes jumelles, villes étapes, espaces quai, etc.). Les situations particulières d’un nouveau tracé ou d’un changement de statut de la frontière ont donné à ces lieux frontaliers une valeur symbolique, valeur qu’ils conservent aujourd’hui malgré le décalage avec leur matérialité et leur actualité. Conséquence des mouvements de frontière et de population, de nombreux bâtiments forts vecteurs d’identification – église, gare, château, usine - sont passés de « l’autre côté ». L’existence de ce « patrimoine transfuge » instaure une gêne des deux côtés de la frontière, autant chez les nouveaux que chez les anciens « propriétaires ». Il entretient dans certains cas des « rivalités historiques » entre voisins. La différence de niveau de vie génère un tourisme spécifique qui est l’une des manifestations les plus visibles de la frontière. Sédimentation sporadique aux points de passages ou véritables nappes homogènes (pouvant regrouper jusqu’à 400 stands, stations services, coiffeurs, etc.), ce tourisme touche aussi le domaine médical, la prostitution et la restauration. Il est très développé et conditionne dans une certaine mesure les relations entre frontaliers. Lieu surveillé, malgré la disparition du contrôle au points de passage, lieux tributaires de décisions politiques à l’échelle nationale voire européenne, ces espaces frontaliers sont sans cesse en recomposition. Les changements successifs du statut de la frontière transforment souvent ces lieux en « salle d’attente ». Organisme fluctuant, terrain de projets communs visant à retisser des liens entre pays « historiquement » en froid, la frontière est le lieu où les problématiques européennes se retrouvent concrètement exister dans l’espace. Comme en réaction au phénomène de mondialisation, dont le démantèlement des infrastructures frontalières est un signe, la frontière est plus que jamais le lieu où s’affirment les particularismes et se cristallisent les identités, 20 ans après la chute du rideau de fer.


Basé à Berlin, Atelier Limo [Simon BRUNEL et Nicolas PANNETIER, architectes DPLG] développe depuis le début de l’année 2006 une approche d’investigation et de réflexion spécifique pour aborder des sujets traitant de l’interaction entre espace, mémoire et identité. A travers le projet « Swinoujscie–San Bartolomeo, enquête frontalière », a été développée une méthode d’analyse basée sur l’observation in situ, le cheminement, le recueil et l’exploitation de données sous différents supports: textes, vidéos, relevés, analyses schématiques, photos et prises de sons. Ce projet a été lauréat du Grand Prix Besnard de Quelen (www.besnard-dequelen.org), a reçu le soutien de l’organisme allemand DAAD (www.daad.de) - au sein de l’université Viadrina à Frankfurt/Oder en relation avec la Professeur Barbara KEIFENHEIM, anthropologue et réalisatrice de films documentaires - et a été présenté lors de la cérémonie des 20 ans de l’Institut des Itinéraires Culturels du Conseil de l’Europe au Puy-en-Velay (www.culture-routes.lu).

Atelier Limo travaille actuellement sur un film documentaire basé sur le portrait de sept frontaliers avec en toile de fond l’élargissement de l’espace Schengen qui s'est opéré le 21 décembre 2007.


Ludovic SMAGGHE, architecte lillois, possède un parcours aux accents créatifs et pluridisciplinaires. Il y alterne réalisations architecturales, conceptions scénographiques, installations écologiques et ludiques (Festival des jardins de Chaumont-sur-Loire en 2006), estompant au fil des créations les frontières entre architecture et art, entre fonctionnalité et sens esthétique.

Son travail scénographique fait chaque fois émerger un univers original, propice à la mise en valeur des éléments les plus significatifs de l’exposition.

Il est notamment l’auteur des scénographies de plusieurs expositions aux retombées internationales comme Game on, Gonflables !, Etrange et Familier (Lille 2004 capitale Européenne de la Culture), Futurotextiles (présentée à Lille puis à Istanbul), Le Troisième Œil (Lille 3000 - Bombaysers de Lille).